
Le blog est intitulé "Humeurs médicales" en référence au titre de l’un de ses essais. Il s’agit de petites chroniques soit humoristiques, soit épistémologiques, soit les deux à la fois ! Elles paraissent dans la revue "Le Généraliste."
Luc Perino continue inlassablement à y militer pour plus de rigueur clinique et scientifique tout en dénonçant les dérives du système sanitaire et sa soumission au marché ou à la démagogie.
Il s’adresse essentiellement à ses confrères et aux acteurs institutionnels, mais ces textes sont repris ici pour un plus large public avec l’autorisation de la rédaction du Généraliste.
Madame,
Je suis désolé de ne pas pouvoir accéder à votre requête d’aujourd’hui.
Je pratique une discipline qui s’appelle la médecine clinique. Son but est de vous faire profiter de toutes les avancées des sciences biomédicales en les adaptant à votre histoire singulière. C’est une discipline exigeante dont le préalable est de construire une relation de confiance réciproque et d’égalité dans la communication avec le patient.
Le langage non verbal est, pour moi, la partie la plus importante dans l’expression et le décryptage de vos souffrances. Les mots n’ont qu’une importance modérée. Les attitudes, les expressions du corps, la palpation, l’observation et le regard sont les éléments indispensables à l’efficacité et à la sécurité de cette difficile science clinique.
L’impossibilité de voir votre visage me prive de la majorité de mes ressources, et en plus de l’inefficacité totale de ma fonction, cela comporte quelques risques que je ne peux vous faire courir.
Je suis respectueux de votre culture, de vos choix vestimentaires, religieux et sociaux et je pourrai éventuellement – pourquoi pas – vous aider à les protéger, si cela était nécessaire à votre équilibre sanitaire.
Cependant, votre voile m’interdit, en vous recevant, de respecter l’essentiel de mes engagements.
Je vous remercie donc de bien vouloir revenir me consulter ultérieurement après avoir lu et compris cette cordiale demande. Je vous suggère de venir accompagnée d’une personne qui l’aura également comprise.
J’espère alors que je pourrai vous rendre service et rester digne de ma fonction.