
Le blog est intitulé "Humeurs médicales" en référence au titre de l’un de ses essais. Il s’agit de petites chroniques soit humoristiques, soit épistémologiques, soit les deux à la fois ! Elles paraissent dans la revue "Le Généraliste."
Luc Perino continue inlassablement à y militer pour plus de rigueur clinique et scientifique tout en dénonçant les dérives du système sanitaire et sa soumission au marché ou à la démagogie.
Il s’adresse essentiellement à ses confrères et aux acteurs institutionnels, mais ces textes sont repris ici pour un plus large public avec l’autorisation de la rédaction du Généraliste.
Selon un sondage BVA, commandé par la chaire Santé de Sciences Po, les Français sont pessimistes sur leur système de santé, quelles que soient leurs convictions politiques, leur âge ou leur niveau de revenus. En effet, plus de 70% des Français estiment que le système de santé s'est dégradé depuis dix ans et qu'il va continuer à le faire dans les dix prochaines années.
Pendant ces mêmes dix années, la consommation de soins et biens médicaux est passée de 7% à 9% du PIB et le déficit de la sécurité sociale s’est régulièrement aggravé malgré l’augmentation des charges sociales et l’apparition de la CSG.
Ainsi, plus les sommes objectivement investies dans la santé augmentent, plus elles apparaissent comme inefficaces aux yeux des usagers du système sanitaire.
Pendant cette même décennie, l’espérance de vie à la naissance a continué à augmenter de trois mois par an. Le contraste surprenant entre l’amélioration objective de cet indicateur sanitaire et la perception d’un système de santé dégradé confirme qu’aux yeux des citoyens, les soins médicaux participent faiblement à l’état sanitaire global du pays.
Faut-il en conclure que le système de santé de notre pays échoue lamentablement aussi bien sous l’aspect de sa gestion que sous celui des messages de son action ?
Aucun observateur externe n’hésiterait à le faire. Les économistes évoqueraient une gabegie financière et les publicistes un désastre de communication.
Quant aux médecins, ils sont encore plus sévères, puisqu’ils sont 82% à estimer que le système de santé se dégrade. Voilà une belle unanimité !
Pendant ce temps, les fonctionnaires du ministère de la santé s’activent à promouvoir le dépistage pour insérer la maladie dans nos boîtes aux lettres et au cœur de nos rares journées d’insouciance.
Leur activisme risque d’augmenter encore la déferlante dépressive et finir par dégrader objectivement nos indicateurs sanitaires. Seule la logique sera victorieuse puisque les observateurs externes trouveront enfin normal qu’un aussi mauvais système produise une aussi mauvaise santé.