
Le blog est intitulé "Humeurs médicales" en référence au titre de l’un de ses essais. Il s’agit de petites chroniques soit humoristiques, soit épistémologiques, soit les deux à la fois ! Elles paraissent dans la revue "Le Généraliste."
Luc Perino continue inlassablement à y militer pour plus de rigueur clinique et scientifique tout en dénonçant les dérives du système sanitaire et sa soumission au marché ou à la démagogie.
Il s’adresse essentiellement à ses confrères et aux acteurs institutionnels, mais ces textes sont repris ici pour un plus large public avec l’autorisation de la rédaction du Généraliste.
Les indicateurs sanitaires sont les instruments de la science épidémiologique. Ils sont utiles pour évaluer une action sanitaire au niveau national ou mondial. Le grand public en connaît un certain nombre comme le taux de fécondité ou de mortalité. Les médecins utilisent souvent les notions de prévalence et d’incidence d’une maladie. Certains indicateurs tels que l’espérance de vie à la naissance ou la mortalité néo-natale ont également une dimension politique pour les nations. On découvre par exemple que la Suisse, le Japon et la France sont bien classés pour ces indicateurs, alors que les USA sont à la traîne. Même si cela pèse moins que la puissance militaire ou économique dans les négociations internationales, l’aspect éthique et moral de ces indicateurs leur confère une petite valeur géopolitique. Les premiers de la classe ont toujours une certaine fierté à le faire savoir.
Plusieurs publications récentes obligent à reconsidérer la promotion de ces indicateurs sanitaires. Après césarienne, par exemple, le risque plus élevé de mort d’un second enfant1 ou la mortalité maternelle multipliée par trois2 . La mortalité néo-natale plus élevée après une fécondation in vitro (FIV) avec injection de spermatozoïde dans l’ovule (ICSI)3 . Les malformations néo-natales augmentées par le traitement de l’infertilité4. Sans parler des multiples études sur les handicaps désormais bien connus liés à la grande prématurité.
Il n’est évidemment pas question d’amoindrir ces progrès de la médecine qui ont permis d’offrir des enfants à des couples stériles ou plus simplement de permettre la vie à des nouveau-nés fragiles.
Mais force est de constater que ces même progrès médicaux deviennent un facteur de détérioration des indicateurs sanitaires, tout particulièrement en ce qui concerne la mortalité néo-natale.
En plus du paradoxe d’une médecine qui participe elle-même à faire baisser sa note, la question risque de se poser bientôt en termes géopolitiques...
Faudra-t-il faire la promotion de notre médecine ou de nos indicateurs sanitaires ?
2 Deneux-Tharaux C et coll. Postpartum Maternal Mortality and Cesarean Delivery. Obstet Gynecol, 2006,108, p 541-548.
3 Wisborg K et coll. IVF and stillbirth: a prospective follow-up study. Hum Reprod, 2010, 25, p 1312-6.
4 Zhu JL et coll. : “Infertility, infertility treatment, and congenital malformations : Danish national birth cohort.” Br Med J 2006; 355: 679-81.