
Le blog est intitulé "Humeurs médicales" en référence au titre de l’un de ses essais. Il s’agit de petites chroniques soit humoristiques, soit épistémologiques, soit les deux à la fois ! Elles paraissent dans la revue "Le Généraliste."
Luc Perino continue inlassablement à y militer pour plus de rigueur clinique et scientifique tout en dénonçant les dérives du système sanitaire et sa soumission au marché ou à la démagogie.
Il s’adresse essentiellement à ses confrères et aux acteurs institutionnels, mais ces textes sont repris ici pour un plus large public avec l’autorisation de la rédaction du Généraliste.
Nous le savons désormais, les antitussifs et fluidifiants sont contre-indiqués ou non indiqués chez l’enfant comme chez l’adulte. Trois siècles de pratique thérapeutique viennent de s’effondrer.
Grand-mères, pharmaciens et médecins doivent s’abstenir, la toux est aussi indispensable que la respiration et aucun remède ne peut en modifier le cours naturel si ce n’est dans le sens de l’aggravation. Ce symptôme persiste longtemps après les autres et ne peut devenir médical, au sens académique du terme, qu’après six semaines.
Une grande page de l’histoire de la pharmacie vient de se fermer. C’est souvent grâce à des préparations magistrales contre la toux, validées par le Codex, que de nombreuses officines sont devenues des entreprises familiales puis des multinationales.
Le souvenir des milliers d’antitussifs et de fluidifiants qui ont jalonné mes ordonnances, vient douloureusement réveiller mon vieux sentiment d’inutilité. Je remplaçais les produits conseils du pharmacien par des produits dits éthiques et tout aussi inutiles. Je n’avais même pas l’excuse du profit. A moins qu’ayant déjà tacitement compris le caractère nécessaire ou rebelle de la toux, mes inutiles prescriptions – j’ignorais alors qu’elles puissent être nuisibles – aient eu pour seul but de justifier les honoraires d’une inutile consultation. Double gabegie du paiement à l’acte.
Tout récemment, au hasard d’une lecture, j’ai découvert les propositions de l’homéopathie contre la toux.
Les produits doivent être des granules à 5 ou 7 CH à prendre par 3 et 3 fois par jour selon les caractéristiques de la toux.
D’abord selon la cause déclenchante. En avalant : Bromium, en dormant : Lachesis, en touchant le larynx : Lachesis, à l’effort : Pulsatilla, au moindre courant d'air frais : Rumex Crispus, en parlant ou en riant : Stannum, pendant les règles : Zincum Metallicum, après coup de froid : Causticum, par allergie : Ipéca, par mouvement : Bryonia 7CH, en entrant dans une pièce surchauffée : Bryonia, en s’allongeant : Drosera, en se baignant : Rhus Toxicodendron, en entrant dans une pièce froide : Rumex Crispus 7CH.
Puis selon la sensation du patient. Toux sèche : Bryonia, toux venant de l'estomac : Bryonia, poitrine pleine de mucus : Causticum, toux incessante ou par salves : Drosera Rotundifolia, irritation ou chatouillement de la trachée : Ipéca, grasse avec expectoration filante : Kalium Bichromicum, avec sensation de miette dans le larynx : Lachesis, toux grasse le jour et sèche la nuit : Pulsatilla, toux rauque, comme un chien qui aboie : Spongia, sensation de gorge écorchée : Argentum Nitric.
Enfin selon les autres symptômes. Voix rauque : Drosera Rotundifolia, expectoration difficile : Senega et Antimonium tartaricum, gorge sèche : Spongia, sans mucus : Drosera, avec mucus : cochenille.
Les mathématiciens avouent que lorsqu’ils hésitent entre deux formules, la beauté de l’une peut être un élément en faveur de sa justesse.
La poésie de cette liste homéopathique peut-elle être un atout pour l’efficacité ?
Je l’ignore, mais je suis au moins certain de son innocuité.
Quant à l’ésotérisme clinique de cette liste, il nous ramène avec émotion quelques siècles en arrière, à l’époque où l’on ne savait même pas encore que l’on découvrirait un jour des médicaments inutiles contre la toux.
Maintenant que les antitussifs disparaissent, à juste titre, de l’arsenal médical, il ne reste que deux alternatives à l’abstention : la poésie en bobologie et la cortisone en situation extrême. Osons espérer que les praticiens ne confondent pas trop souvent les deux situations.