Bien que les théories de l'évolution aient permis la naissance de la biologie en tant que science, la médecine évolutionniste est peu enseignée. Cette nouvelle discipline peut pourtant bouleverser nos conceptions de la physiolopathologie et de la thérapeutique.
Ses auteurs, experts reconnus dans leur domaine biologique, médical, épistémologique ou anthropologique, explorent les causes phylogénétiques des problèmes de santé et envisagent les applications médicales potentielles et réelles de cette approche.
Son caractère novateur exigeant circonspection et rigueur scientifique, toutes les hypothèses sont soumises à la contradiction des pairs et ne sont admises qu'après la preuve de leur concordance avec d'autres approches ou la démonstration par les faits.
La longévité de l’homme a longtemps été considérée, comme non soumise aux lois de l’évolution. Pourtant, depuis quelques décennies, certaines théories adaptatives ont suggéré que la survie de la femme après sa période fertile pouvait avoir favorisé le succès reproductif de ses enfants et la survie de ses petits enfants. Chez les peuples polygames, les hommes sains continuent à engendrer jusqu’à un âge avancé. Tout ceci peut avoir contribué à la sélection de la longévité humaine.
De 2002 à 2010 nous avons suivi 28994 individus dans 1703 familles polygames d’Afrique dont la structure démographique et environnementale peut mieux être comparée à celle de notre passé évolutif qu’à celle de nos récentes sociétés développées. Une analyse complète de la parentèle des deux sexes a permis d’évaluer l’effet de la présence d’hommes et femmes âgés de plus de cinquante ans sur la reproduction et la survie de la progéniture de ces ménages.
Nos résultats suggèrent que la longévité a été sélectionnée prioritairement à travers celle des hommes plutôt que sur la survie des femmes après la période fertile.
La survie à un âge avancé dans des conditions difficiles dépend essentiellement de la lute contre les infections. D’où le rôle majeur du système immunitaire inné dans la longévité et également dans les processus de la sénescence.
Auparavant, nous avions déjà noté une balance immunologique entre reproduction et longévité. Maintenant, en comparant l’expression du système immunitaire inné dans un environnement difficile et dans celui de nos riches sociétés actuelles, nous pouvons mieux comprendre la fréquence des maladies de la sénescence liées à l’inflammation, telles que l’athérosclérose ou la démence.
Référence principale : R.J.G. Westendorp, Selection for human longevity, HBES, 23rd annual conference, june 2011.