Bien que les théories de l'évolution aient permis la naissance de la biologie en tant que science, la médecine évolutionniste est peu enseignée. Cette nouvelle discipline peut pourtant bouleverser nos conceptions de la physiolopathologie et de la thérapeutique.
Ses auteurs, experts reconnus dans leur domaine biologique, médical, épistémologique ou anthropologique, explorent les causes phylogénétiques des problèmes de santé et envisagent les applications médicales potentielles et réelles de cette approche.
Son caractère novateur exigeant circonspection et rigueur scientifique, toutes les hypothèses sont soumises à la contradiction des pairs et ne sont admises qu'après la preuve de leur concordance avec d'autres approches ou la démonstration par les faits.
Les concepts de médecine évolutionniste et de régulation énergétique contribuent à comprendre la physiopathologie des maladies inflammatoires chroniques.
L’étiologie de ces maladies repose sur quatre critères :
Ces éléments n’incluent pas les composantes systémiques de ces maladies. Les progrès médicaux en ce domaine laissent supposer que beaucoup de ces réponses systémiques seront les prochaines cibles thérapeutiques. La réponse systémique peut même être considérée comme le cinquième critère étiologique de ces maladies.
L’article montre comment la réponse systémique devient compréhensible sous l’angle de la médecine évolutionniste et de la régulation énergétique.
Juste après le cerveau et les muscles, le système immunitaire est le plus gros consommateur d’énergie de l’organisme. Dans les maladies inflammatoires chroniques, l’activation à long terme du système immunitaire nécessite une stimulation secondaire des voies neuro-hormonales pour redistribuer des carburants énergétiques à ce système immunitaire très actif.
Cette redistribution des carburants est le substrat des principales séquelles parmi lesquelles figure le syndrome métabolique. Il est suggéré que la “réaction d’alarme” (première phase du syndrome d’adaptation de Selye) nécessaire à la redistribution des carburants énergétiques devrait être nommée « réaction d’appel d’énergie ». Dans les maladies inflammatoires chroniques, cet appel continu d’énergie a des conséquences nuisibles sur le reste de l’organisme.
La régulation énergétique est le plus important facteur physiologique de l’homéostasie. Les voies neuroendocrines sont impliquées dans cette régulation.
Nous pouvons séparer les facteurs qui fournissent l’énergie aux dépôts (système nerveux parasympathique, insuline, facteur de croissance insuline-like N°1, œstrogènes, androgènes, ostéocalcine) et ceux qui fournissent les substrats énergétiques aux consommateurs (système nerveux sympathique, axe hypothalamo-hypophysaire, hormones thyroïdiennes, glucagon et hormone de croissance)
Dans les maladies inflammatoires chroniques, la répartition de l’énergie entre les dépôts et les consommateurs, normalement basée sur le rythme circadien, est très perturbée par la forte consommation énergétique du système immunitaire (jusqu’à 500 calories/jour. Les cytokines pro-inflammatoires telles que le facteur de nécrose tumorale (TNF α) ou les interleukines 1β et 6, la circulation des cellules immunitaires actives et les fibres nerveuses sensitives activent le système immunitaire dans tout le corps. Ce signal est un appel de carburants énergétiques (réaction d’appel d’énergie).
Au cours de l’évolution, la régulation énergétique s’est adaptée aux maladies ne menaçant pas le pronostic vital, pas aux maladies inflammatoires chroniques (pression sélective négative et baisse de la reproduction)
Ainsi, la régulation énergétique inadaptée provoque de nombreuses anomalies incluant fatigue, anorexie, hypovitaminose D, cachexie, obésité, insulino-résistance, hyperinsulinémie, dyslipidémie, cellulite, hypoandrogénie, hypercorticisme léger, activation du système nerveux sympathique (hypertension), anémie, ostéopénie. Beaucoup de ces désordres peuvent favoriser le syndrome métabolique.
Ces signes deviennent compréhensibles dans le contexte d’un appel excessif de carburants énergétiques par le système immunitaire. Ce cadre physiopathologique pourrait conduire à de nouvelles approches thérapeutiques et à une meilleure compréhension des étapes de l’inflammation chronique.
Références :
1/ R.H. Straub. Evolution, Energy and Chronic Inflammatory Disease. Brain Behav Immun. 2010 Aug 9.
2/ R. H. Straub M. Cutolo, F. Buttgereit, G. Pongratz. Energy regulation and neuroendocrine immune control in chronic inflammatory diseases. Journal of Internal Medicine; Volume 267; Issue 6; pages 543-560; June 2010.