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L’éducation sanitaire des citoyens est une priorité de santé publique. La majorité des excès et dérives de la médecine provient du manque d’information ou d’informations biaisées.
Au-delà de la formation des étudiants, des médecins et des enseignants, Luc Perino considère son engagement dans la vulgarisation médicale comme essentiel.
Dans le cadre des actualités Claude Bernard de la faculté de médecine de Lyon, il participe activement à cette information.
Tous les textes de ce site sont validés par le comité de lecture de l’université de Lyon et sont exempts de conflits d’intérêt.
Dans les pays riches, les mères ont le choix, dès la naissance, d’opter pour l’allaitement maternel ou l’allaitement artificiel. Ce choix aura probablement des répercussions psychologiques, nutritionnelles et sanitaires (principalement immunologiques).
- Il est impossible de parler des conséquences psychologiques, car les études sur la relation mère enfant sont difficiles, peu fiables, partiales et peu crédibles.
- Pour l’aspect nutritionnel, il faut admettre que les laits artificiels ont fait de gros progrès et il est également difficile d’aborder cet aspect.
- Nous ne parlons donc ici que des conséquences purement médicales tant pour la mère que pour l’enfant. C’est sur ce point que les différences sont les plus évidentes et qu’elles ont été les mieux étudiées.
Comme le bon sens dicte naturellement que le lait de la mère est le meilleur pour la santé de l’enfant, nous pourrions être surpris par le nombre d’études qui ont cherché à le prouver. Il ne faut pas voir ces études comme une perte de temps pour prouver des évidences, mais bien comme une réaction de la médecine contre la pression mercatique pour la promotion des laits artificiels depuis les années 1920 - 30.
D’un point de vue sociologique, il est intéressant de constater que la promotion par l’image de la femme libérée a commencé bien avant la libération réelle de la femme et que, paradoxalement, cette libération effective a vu progresser l’allaitement au sein !
A/ Résultats des études de bon niveau de preuve ayant montré des avantages immédiats de l’allaitement au sein pour le nourrisson :
B/ Résultats des études de bon niveau de preuve ayant montré des avantages tardifs chez l’enfant et l’adulte :
C/ Résultats des études de plus faible niveau de preuve ayant montré des avantages tardifs chez l’enfant et l’adulte :
D/ Certaines études dans d’autres domaines n’ont pas réussi à montrer de différence significative en faveur de l’allaitement maternel :
E/ Etudes ayant montré un désavantage de l’allaitement maternel :
F/ Il existe de très rares contre-indications à l’allaitement au sein :
Notons enfin que les engorgements, mastites et abcès du sein n’empêchent pas la poursuite de l’allaitement.
La question est donc bien de savoir pourquoi, malgré de tels avantages, l’allaitement au sein reste encore trop peu utilisé dans notre pays.
La recommandation officielle de l’OMS est l’allaitement au sein exclusif pendant 6 mois, suivis d’une période de 6 à 18 mois ou il peut se prolonger aux côtés d’autres aliments.
6 mois à un an est la durée raisonnable dans les pays riches
1 an à deux ans est la durée souhaitable dans les pays pauvres.
En France, à la sortie de maternité, 56% des femmes allaitent leur enfant (95% en Finlande). La durée moyenne de l’allaitement est de 10 semaines et le taux tombe à 5% lorsque le bébé a 4 mois !
Plusieurs études montrent que toutes les méthodes d’encouragement à l’allaitement au sein, soit par le corps médical, soit par des associations diverses, ne font pas varier le pourcentage des durées d’allaitement supérieur à 1 mois. La raison est certainement que, même dans une population citadine motivée et bien informée, les difficultés initiales de l’allaitement touchent 50% des mères. (Lavender T et coll., “ Breastfeeding expectations versus reality : a cluster randomised controlled trial “ BJOG 2005 ; 112 :1047. )
Enfin, pourquoi, bien trop souvent, l’allaitement au sein, à la sortie de la maternité, est complété par d’autres laits ? Depuis quelques années, une loi interdit pourtant au personnel des maternités de promouvoir les laits artificiels et aux fabricants d’en distribuer gratuitement aux mères. Nous savons que cet allaitement mixte initial entraîne inévitablement un arrêt précoce du sein. Il est probable que de nombreuses pressions difficiles à identifier et à évaluer s’exercent encore sur les mères à l’intérieur même des maternités.
Il ne reste donc au médecin que la solution de bien informer la mère à sa sortie et de l’accompagner pendant les premières semaines de l’allaitement, surtout pour le premier enfant.
Voici l’essentiel des petits conseils pratiques.
Hélas, l’allaitement maternel est aussi un problème social, en raison du retour obligatoire au travail trop précoce pour certaines mères. Il est évident qu’en France, la volonté politique est faible sur ce point. Il est probable que nous ne ferons aucun progrès significatif sans une campagne nationale de grande envergure avec le soutien de tous les métiers de la santé. Pour l’instant, il est réjouissant de constater que les progrès viennent essentiellement de la volonté farouche d’une nouvelle génération de jeunes mères sensibilisées aux problèmes écologiques et sanitaires et très motivées.
En dehors des articles mentionnés dans le texte, l’essentiel de la bibliographie se résume à deux numéros de la revue Prescrire en 2008, 28 (297) : 510-520 et 28 (299) : 689-692