L'essentiel des critiques


La réalisatrice
Hélène De Crécy
Après des études de philosophie à l'Ecole Normale Supérieure, Hélène de Crécy obtient un diplôme en sexologie et santé publique.
Passionnée d'écriture et d'image, elle poursuit un travail hospitalier tout en se consacrant à l'écriture et la réalisation de ses films dont notamment la réalisation d'un documentaire «Désirs d'amour» sur le thème du handicap physique et de la sexualité.
Puis en 2003 - 2004, elle écrit et réalise un documentaire «Secrets d'hommes, la vie ou la prostate»,sur la parole des hommes sur l'impuissance masculine.
Pour le cinéma, elle a réalisé un court- métrage de 18mn, La Girafe, dans lequel Laure (Aurélia Petit), n'est plus qu'une ombre depuis qu'elle a perdu l'homme qu'elle aime. En 2005, elle écrit et réalise son premier long-métrage, La Consultation. En 2006, elle termine l'écriture d'un long- métrage de fiction, Mater Erotica. En 2009, elle part au Japon pour une adaptation locale de "La montagne sacrée" de Thomas Mann.
Par ailleurs, elle poursuit son travail à l'hôpital dans l'équipe d'un comité d'éthique des essais cliniques.



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Réponse à la question fréquente sur l'accord des patients pour ce documentaire

Tous les patients filmés ont donné 3 fois leur accord : Une première fois avant la consultation en acceptant que la réalisatrice assiste à leur consultation et la filme.
Une deuxième fois à la fin de la consultation pour confirmer leur accord. S'ils refusaient l'image était alors détruite.
Une troisième fois en vissionnant l'image lors d'un premier montage. Ils pouvaient refuser que l'image soit montée et elle était alors détruite.
Pour le patient mourant, le seul incapable de donner son propre accord, l'accord de la famille a été obtenu.
Ce film a été tourné sans voyeurisme et avec l'accord total des patients et de leur famille qui ont souvant manifesté leur désir de promouvoir et de soutenir la médecine générale.
Bravo et merci à eux.



La consultation

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AFP - 16 mars 2007

"La Consultation" : Hélène de Crécy prend le pouls de la vie,

La cinéaste et philosophe Hélène de Crécy a filmé avec pudeur et empathie, pendant cinq semaines, " La Consultation" de Luc Perino, médecin généraliste à Lyon, qui ausculte avec bienveillance les détresses, petites et grandes, des Français.

"J’ai arrêté le Prozac et ça ne va plus... j’en ai besoin, j’ai des crises d’angoisse et des crises de larmes: je voulais arrêter mais les soucis recommencent", dit une femme blonde, la cinquantaine et le regard éteint, dans ce documentaire de 91 minutes qui sort mercredi au cinéma.

A son départ Luc Perino, les tempes grisonnantes, fixe la caméra de ses yeux bleus: "La vie nous rend malades, l’idée de la vie est insupportable !", lâche-t-il désabusé au milieu d’une harassante journée.

"Les patients réclament des antidépresseurs, ils ne peuvent plus s’en passer", poursuit-il, confiant son "impression de participer d’un glissement pervers de la vie et de la médecine".
Mais le découragement sera bref: Luc Perino n’est pas homme à baisser les bras face à la détresse humaine qui, chaque jour, emplit son cabinet.

Médecin de famille à l’ancienne, il ausculte, palpe, écoute sans compter son temps, et dispense d’un ton bourru conseils, bon sens et plaisanteries.

Une jeune fille enceinte, sa main dans celle de son amoureux, veut avorter pour cause d’études à fini ; une autre, aux bronches fragiles, supporte mal la cigarette; un retraité doit surveiller sa prostate...

"La Consultation" réussit le pari de n’être ni voyeuriste, ni démoralisant: le film prend le pouls de la vie et de ses accidents, petits et grands.

Posée à l’angle de la pièce, la caméra pudique d’Hélène de Crécy capte, en plan fixe, les paroles des patients, et en contre-champ, le médecin qui sonde les visages, et découvre parfois, sous les mots anodins, un abîme de détresse.

Face aux pulsions suicidaires d’une grand-mère qui déteste sa maison de retraite, à l’alcoolisme d’un homme dont la petite fille de six ans lui dit "Bois pas de vin papa, ou tu vas aller à l’hôpital", Luc Perino est toujours humain, à l’écoute.

Malgré la dureté de certaines situations, les patients ont accepté d’être filmés à visage découvert par Hélène de Crécy, qui a mis plusieurs semaines à convaincre le médecin, dont elle avait lu le livre, "Carnets de Santé".

Après avoir étudié la philosophie, cette diplômée de sexologie et de santé publique a réalisé deux autres documentaires au sujet délicat: "Désirs d’amour", sur le handicap physique et la sexualité, et "Secrets d’hommes, la vie ou la prostate", recueil de témoignages sur l’impuissance masculine.



Télérama - Jacques Morice 24 Mars 2007

Dans le huis clos du cabinet de Luc Perino, médecin généraliste, les consultations se succèdent. Parce qu’on a souvent "plus besoin d’un médecin que de médecine", chacun vient déposer ses douleurs, ses joies, ses angoisses et ses demandes...

Voilà un film qui parle de maladie mais fait un bien fou. Un an après Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, c'est la même impression qui domine : celle d'une ouvre fondée sur l'écoute. L'écoute de quoi ? Des souffrances de gens comme vous et moi, et plus largement des maux - au sens propre - d'une société de plus en plus sous pression, déboussolée, au bord de la panique. La documentariste Hélène de Crécy s'est glissée dans le cabinet d'un médecin généraliste de la région lyonnaise, Luc Perino, et a filmé ses consultations. Idée toute simple mais qui libère ici une parole inespérée.

Un jeune couple qui vient pour une IVG - elle, Asiatique enceinte, parle l'anglais, lui, traduit tendrement ; un alcoolique jovial qui lutte tant bien que mal avec ses démons ; une femme et ses bouffées d'angoisse ; un vieux monsieur et ses problèmes de prostate ; une accro des médocs qui « vient faire son marché » ; une mère et son nourrisson constipé. Autant de cas particuliers, plus ou moins graves, plus ou moins psychosomatiques, que le médecin traite du mieux qu'il peut, livrant son diagnostic tout en s'efforçant de le faire accepter par son patient. Tâche de philanthrope.

Entre ses consultations, Luc Perino livre parfois son point de vue, sur l'évolution de son métier (plutôt vers le moins bien), sa responsabilité morale. Lui aussi se sent coincé, parfois insatisfait, pris dans des contradictions, acculé à prescrire à la pelle des antidépresseurs ou des arrêts maladie à des personnes surtout malades de leur travail. « La médecine, c'est le cul de l'entonnoir de tous les problèmes sociaux », lance-t-il, gardant malgré tout une saine et généreuse détermination.

Le film regarde en face les patients comme le médecin, ausculte, ne recule pas devant l'impudeur ou l'agonie. Il montre ce dont tout le monde parle mais qu'on ne voit plus, ou bien mal, à la télé, sous une forme criarde, spectaculaire. Ce dispositif n'est pas exempt, lui non plus, d'artifices, mais ceux-là tirent les gens vers le haut. Il y a bien dans ce petit théâtre de la douleur au quotidien quelque chose de crucial sinon de vital.



Libération - Ange Dominique Bouzet - 21/03/2007

Cabinet de curiosités

Pour «la Consultation», Hélène de Crécy a posé sa caméra chez un généraliste.

Ils sont jeunes, ils ont l’air amoureux. Comme les patients qui les ont précédés, tous deux pénètrent dans le cabinet du médecin sans paraître remarquer la caméra qui les attend. Le jeune homme parle pour sa compagne qu’il croit être enceinte. On comprend, à l’occasion d’un petit aparté, qu’elle n’est pas française. Leur jeunesse rayonne. Le médecin écoute en souriant, tout épanoui. Nous aussi. Des bébés ils en veulent, explique le jeune homme. Oui. Mais pas maintenant.

Dispositif. Le médecin n’entend pas. Ne veut pas entendre. Se raidit, le visage masqué... L’accueil de bois réservé à cette demande d’interruption de grossesse est un des moments secouants de la Consultation. Mais ce n’est qu’un début. Car le médecin, ayant pris acte, invite la jeune femme à chausser les étriers. Un examen gynécologique, là, sous l’objectif de la caméra ?

Coupe. Enchaînement un peu plus tard. La jeune femme est filmée sans exhibitionnisme, mais on voit qu’elle a encore les cuisses écartées. Face à nous, elle sanglote, tend les bras vers son jeune compagnon. Et lui, tandis que le médecin insiste sur «les risques» et menace de «séquelles», doit durcir la voix pour imposer la requête d’IVG...

Et nous, spectateurs, quels voyeurs sommes-nous donc, choqués peut-être, mais scotchés et fascinés ?

En posant sa caméra dans le huis clos quotidien des consultations du Dr Luc Perino, médecin généraliste, Hélène de Crécy met au jour le secret du cabinet médical. Le plus intime. Le plus commun. En accueillant le défilé des menus bobos et des lourdes souffrances humaines, la petite pièce devient le déversoir des maux de la société : alcoolisme, cadences de travail, isolement de la vieillesse... Sans compter cette part mutuelle d’exhibitionnisme social (consenti) qui rend un tel film possible. Un film témoin, qui ne parle pas «pour», mais «de» : d’une institution, et de ce qui s’y joue. De l’humain.

Les dialogues engagés sont conditionnés par le cadre médical, l’autorité qu’il fonde, l’angoisse de ceux qui l’affrontent. Plus la présence d’une caméra. Pour autant, ces rencontres opposent des individus. A chaque fois, entre consultant et consulté, c’est un rapport de force qui s’instaure et, éventuellement, se renverse. Un match disputé plus ou moins harmonieusement qu’on suit tantôt avec émotion, parfois avec indignation, et souvent avec une sorte d’amusement sportif qui ne constitue pas le moindre sel de la Consultation.

Inconscience. La mise à nu des corps y reste digne. L’exposition du médecin... égale à celle des malades. Luc Perino a écrit des livres ( le Bobologue, Carnets de santé ...). A l’écran, expansif, fort de ses certitudes et un peu histrionique, il séduit ou exaspère. On peut le soupçonner d’une certaine inconscience à l’image. Pas d’irréflexion sur son métier. On saluera donc l’honnêteté avec laquelle il a permis une entreprise qui le montre, éminemment faillible, dans l’exercice de son labeur quotidien.



Les cahiers du cinéma - Guillaume Massant

Attachant documentaire

La Consultation, comme son nom l’indique, est un montage de consultations menées par un médecin généraliste en province.

Un sujet pas du tout sexy, j’en conviens, mais traité avec beaucoup d’intelligence, de pudeur et de sensibilité. De tristesse, également: on sort du film lessivé d’avoir vu défiler un éventail de misère humaine devant nos yeux.

Heureusement, le médecin en question (Luc Perino) est charismatique et intéressant, en ce qu’il ne prend pas toujours dans le sens du poil et qu’il n’est pas toujours consensuel. Se sentir en désaccord avec lui sur certains points n’empêche pas pour autant la sympathie qu’on lui porte et l’empathie à la fois pour son métier, sacerdocal (ça se dit, ça?), et pour ses patients...



Le figaroscope - M.-N. T. 21 /03/ 2007

Suivre pendant une heure et demie les consultations d'un médecin généraliste, n'est-ce pas indiscret ? Non dans ce documentaire d'Hélène de Crécy qui trouve la juste distance avec les patients (évidemment tous d'accord pour être filmés) comme avec le praticien, le Dr Luc Perino. Son expérience médicale, qui lui a inspiré plusieurs ouvrages, et sa profonde humanité orientent le regard vers la personne, et la réflexion vers la société actuelle, cause de mal-être et d'anxiété dont le cabinet médical est l'exutoire. Une étude au cas par cas, simple et juste, et un beau portrait de généraliste dans la lignée des médecins de campagne d'autrefois.



Les inrockuptibles - Vincent Ostria - 21/03/2007

En filmant le docteur Perino dans l’exercice de son métier, Hélène de Crécyprivilégie la dimension psycho-sociale du médecin généraliste.

On assiste au défilé des malades dans le cabinet. En dehors du moment fort, presque dramatique, qui ouvre le film, on se croirait plus souvent dans Knock.

Le film est à la fois drôle, aimable, sociologique, et sans pudeur. Les réticences sont balayées quand on regarde du côté de ce médecin dévoué et attentif avec lequel le film entre en empathie.



Le Monde - Sabdrine Blanchard le 21/03/2007

Le généraliste, soupape des maux de la société

La médecine générale est devenue une médecine spécialisée dans... les maux de la société et le mal-être des individus. Derrière la fonction de "médecin traitant", placé au centre du "parcours de soins", selon la nouvelle terminologie des pouvoirs publics, le généraliste est à la fois assistant social, éducateur, médiateur, pharmacien, bobologue... La Consultation a le mérite de ne rien cacher de la réalité du métier. Ceux que l’on a coutume d’appeler les "médecins de famille" font tout autant du médico-social que de la médecine.

A regarder défiler dans le cabinet du docteur Luc Perino ces femmes et ces hommes de tous âges avec leurs grands ou petits maux, on se dit qu’il faut beaucoup de psychologie pour faire ce métier et qu’il y a quelque chose d’anormal à retrouver les généralistes en bas de l’échelle des rémunérations des praticiens libéraux, tout cela parce que leurs actes relèvent de la "clinique" et non de la "technique". Les médecins de famille viennent d’obtenir une nouvelle revalorisation du tarif de leur consultation. Ce sera 22 euros, qu’il s’agisse d’une rhino-pharyngite ou d’une personne suicidaire.

A payer les praticiens à l’acte, quel que soit le temps passé avec le patient et quelles que soient sa pathologie ou sa demande de soins, le système finit par tuer le métier à petit feu. C’est la course à l’acte alors qu’une consultation demande avant tout du temps. Le temps de l’écoute, de la compréhension, de l’explication. Certains patients viennent voir le généraliste comme d’autres, par le passé, allaient voir le curé. Pour s’épancher, parler, trouver quelqu’un à qui se confier.

Comme la plupart de ses confrères, le docteur Perino termine toutes ses consultations par une ordonnance, ce papier réparateur, réconfortant, attestant pour le patient qu’il n’est pas venu "pour rien" mais qui n’est souvent qu’un cache-misère. Le docteur Perino a la franchise de reconnaître que parfois "il se sent mauvais" professionnellement dans ce rôle de distributeur de cachets. La médecine générale - soupape indispensable - se dit en mal de reconnaissance. Après ce film, on comprend mieux pourquoi.



Première - Isabelle Danel

Un très beau docu sur un généraliste soulageant la souffrance physique et surtout morale de gens ordinaires qui se rendent chez leur doc comme on allait chez son curé autrefois.



Elle - Florence Ben Sadoun

Un documentaire sobre et efficace qui prend, entre les quatre murs du cabinet d’un généraliste, le pouls de la société française aujourd’hui.



TéléCinéObs - E. L.

Qu’est-ce qui se joue, dans le cabinet d’un médecin, entre le praticien et ses patients ? Des moments de joie, d`attente, d’angoisse, de doute, de désespoir, de soulagement...

Pendant cinq semaines, Hélène de Crécy a filmé, comme autant de saynètes du quotidien, les consultations du docteur Luc Perino, généraliste à Lyon. Le bout à bout de ces rendez-vous aurait pu donner un récit ennuyeux; c`est tout le contraire qui se produit.

Non content d’interroger la fonction du médecin aujourd’hui, à travers la figure éminemment sympathique de ce généraliste acharné à la tâche, ce film dresse aussi un portrait en creux de notre société et une « liste » des maux actuels : harcèlement au travail, vieillesse isolée, dépressions... Instructif à défaut d`être rassurant.



Metro - Claire Cousin

Sans fausse pudeur et avec beaucoup de respect, la caméra d’Hélène de Crécy nous plonge dans une intimité à laquelle chacun, finalement, est susceptible de s’identifier.



L’humanité - Vincent Ostria

Humain. Les journées d'un médecin généraliste dans son cabinet.

Un tableau varié des maux de notre temps : demande d'avortement, problèmes de schizophrénie, d'alcoolisme, de tabagie, etc. Le docteur Luc Perino applique à chaque cas les préceptes raisonnables et raisonnés qu'il a exposés dans quelques ouvrages. Sa théorie sous-jacente est qu'une grande partie des maux de notre temps est d'origine psychique et sociale. Pour cela, il considère le malade dans sa globalité, résiste à la surmédicalisation, se met en empathie avec le patient dont le stress est souvent le pire ennemi. Un portrait touchant d'un « homme de bonne volonté » comme il n'en existe plus beaucoup.