Tout le monde connaît ou croit connaître Knock. On ne se lassera jamais de le relire pour constater à quel point cet ouvrage est d’actualité. Jules Romain avait compris, bien avant l’heure, les abus et dérives du système médical.
Exagéré dira-t-on. Non, je dirai plutôt timoré. Ce bon docteur Knock a été largement dépassé !
Le livre pour tous, par excellence. Il fourmille d’anecdotes et de réflexions sur l’homo sapiens en situation chez son médecin.
Regard plein d’humanité d’un médecin de campagne traditionnel qui a décidé d’aimer tous ses patients, même les pires!
A lire goulûment, avec tendresse et sans aucun voyeurisme sur tous ces patients qui nous ressemblent tant. Morts héroïques, ventres magnifiques, grossesses flamboyantes, amoureux indéfectibles, alcooliques joviaux, détresses banales ou romanesques... Rien ne manque à cette anthologie de l’humanité.
Un portrait magnifique d’un médecin mandarin du milieu du XX° siècle et une peinture sans pitié de son milieu bourgeois.
Avec en filigrane une description tragi-comique de notre course contre l’angoisse et contre l’épuisement. Tous infatigables jusqu’à la mort !
A lire avec prudence..
Autobiographie d’un jeune homme de la haute bourgeoisie suisse, mort à 32 ans d’un cancer. Il expose sa conviction de l’origine psychosomatique de ce cancer. Son éducation rigoureuse et dorée l’aurait privé d’autonomie et de plaisirs simples. Il dit avoir été "éduqué à mort".
Ce genre d’ouvrage a probablement renforcé l’idée de la possibilité de facteurs psychiques dans l’apparition et le développement des cancers.
Pour l’instant, toutes les études prouvent que ni le stress, ni la dépression n’ont d’influence dans l’apparition des cancers. Par contre, ces facteurs ont probablement une petite influence dans l’évolution après connaissance du diagnostic et dans le suivi du traitement.
La pardonnable erreur "scientifique" de ce livre n’enlève rien à sa force littéraire et pathétique.
A la manière d'un journaliste d'investigation, l'auteure a mené l'enquête pour comprendre pourquoi les médecins étaient incitatifs, à la limite de l'agressivité, pour envoyer leurs patientes se faire mammographier tous les eux ans.
Grâce à une riche et rigoureuse documentation nous découvrons le monde cynique du "cause related marketing" ou comment profiter de l'angoisse et des intuitions populaires pour alimenter le business médical et les produits dérivés qui fleurissent pendant le mois "d'octobre rose", mois consacré à la propagande sur le cancer du sein.
Dans ce livre terrifiant, fort heureusement parsemé d'humour pour laisser souffler le lecteur, nous découvrons l'inefficacité sanitaire de ce dépistage de masse et nous comprenons mieux comment les "bons sentiments" sont le levier le plus efficace de la manipulation.
Pour le plaisir de la littérature
Comment un médecin, en une suite de petits textes empreints de poésie, décrit l’approche imaginaire de la maladie dans ses souvenirs d’enfant et au travers de quelques personnages ou patients de son entourage.
Emmanuel Venet veut ici "rendre à la médecine la part de poésie qu’elle rechigne à assumer".
Le dépistage de masse des cancers est présenté comme une nécessité de santé publique.
Il répond à une angoisse bien compréhensible de la population, car nous sommes tous confrontés, de près ou de loin à ce terrible fléau.
Les ministères de la santé dans différents pays ont mis en place des dépistages souvent très incitatifs, sur des bases scientifiques très contestables, et le plus souvent pour des raisons démagogiques.
Ce grand spécialiste met en garde les patients avec bienveillance et impartialité contre les risques d’une telle démarche. Les explications données aux citoyens sont tronquées et biaisés et limitent ainsi leur autonomie de décision.
Ce livre d'une grande rigueur scientifique peut restituer le libre-arbitre des citoyens face à la publicité souvent outrancière pour le dépsitage généralisé.
22 histoires d’un médecin généraliste qui nous entraîne dans ce qu’il y a de profondément humain dans chacune de ses consultations. Il dresse des portraits sensibles de ses patients, fragiles, contradictoires, souvent touchants, parfois irritants. Partant de ce qu’ils expriment, il mène l’enquête. Loin de nier leur souffrance, il la réintègre dans la globalité de leur corps, de leur vie. Il ne soigne pas un organe mais une personne.Dans ces symptômes, il perçoit aussi ceux de notre société. Il constate, résiste, s’insurge contre les lois du marché de la santé qui nous font prendre des vessies pour des lanternes.Luc Perino n’est pas un observateur passif. Décapant, impertinent, ce livre est aussi empreint d’humour et de poésie.
Best-seller mondial, ce livre mérite d’être relu à l’aune de notre nouvelle recherche de l’homo medicus parfait. Le bon élève de la prévention qui fait tous les dépistages, évite toutes les mauvaises conduites, suit les cours d’éducation thérapeutique offerts par les laboratoires, fait le check-up offert par sa mutuelle, passe des scanners corps entiers.
Huxley, issue d’une lignée de génies, était un témoin lucide de son temps et aussi... du nôtre.
Une jeune généraliste remplaçante découvre l'exercice de la médecine avec des yeux volontairement ébahis et faussement naïfs. Elle semble avoir déjà (presque) tout compris de l'exercice de ce métier (presque) d'un autre âge où il faut en permanence jongler avec la science et l'humanité.
Dans la droite lignée des médecins humanistes conteurs, elle se démarque avec un style moderne et "branché". Espérons que ces courtes histoires drôles, superbes, tristes ou incisives attirent un jeune lectorat vers la connaissance de ce métier en perdition.
Un livre qui tente de vulgariser les procédés de manipulation de l'industrie pharmaceutique pour faire progresser le marché des médicaments. Le procédé fonctionne, car tous les acteurs : patients, médecins, médias, université, centre de recherche, ministères, participent à la médicalisation des symptômes de la société. On se demande comment inverser la vapeur, car personne ne semble disposé à se priver des mille milliards de dollars annuels de l'industrie pharmaceutique. Il faut sans doute attendre qu'il n'y ait que des malades sur terre pour que la production de médicaments s'arrête enfin, faute de combattants !
La bibliographie de ce livre est remarquable.